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Le « Manta », premier bateau nettoyeur des mers – Le Point

Chaque minute, 17 tonnes de déchets plastiques sont déversées dans les océans… soit 9 à 12 millions de tonnes chaque année. À ce rythme, et sans mesure ambitieuse, la quantité de plastique présente dans les mers du globe devrait tripler dans les 20 prochaines années. Si bien que, d’ici à 2050, il y aura plus de déchets plastiques que de poissons dans les océans ! Un constat terrible qu’a pu observer l’aventurier et navigateur aux multiples records Yvan Bourgnon. Un fléau contre lequel il mène désormais une lutte sans merci.

Le déclic ? Il s’est produit pendant un tour du monde en solitaire entre 2013 et 2015. Yvan Bourgnon navigue alors en Asie du Sud-Est, dans des eaux qu’il a déjà sillonnées enfant avec ses parents, 30 ans plus tôt. « J’ai navigué pendant des jours et des semaines dans une mer de plastiques. J’ai pris une grosse claque ! » raconte le navigateur, bouleversé. Un an plus tard seulement, il décide de s’engager dans la lutte contre la pollution plastique et lance l’association The SeaCleaners, basée à La Trinité-sur-Mer (Morbihan), afin de mettre en œuvre un pôle de compétences dédié à la construction d’un navire pionnier : le Manta, premier bateau nettoyeur des mers, capable de collecter de manière industrielle des déchets plastiques flottants.

Une usine de tri en pleine mer

Fruit de trois années de recherche et de développement, le Manta est un catamaran géant (56,5 m et 1 900 tonnes), le premier bateau-usine capable de collecter, trier manuellement et valoriser les déchets grâce à une unité de conversion énergétique par pyrolyse. Cette « usine » embarquée transforme l’intégralité du plastique collecté en énergie, avec une empreinte environnementale minime. L’énergie dégagée par ce processus alimentera en énergie le bateau, complété par des panneaux solaires, deux éoliennes, des hydro-générateurs mais aussi des groupes électrogènes afin de restreindre le recours aux énergies fossiles. Ce système unique et novateur permettra au Manta de fonctionner 75 % du temps en moyenne de manière autonome, sans utiliser d’énergies fossiles, avec une empreinte environnementale réduite au strict minimum. « C’est la technologie au service de l’écologie ! » s’enthousiasme Yvan Bourgnon.

« Le Manta est un projet qui vient d’une idée un peu folle, celle de collecter les plastiques dans les océans et les mers du monde. C’est un défi sacrément osé. » Avec une capacité de collecte et de traitement des déchets de 1 à 3 tonnes par heure, l’objectif du Manta est de débarrasser les océans de 5 000 à 10 000 tonnes de déchets plastiques par an.

Au service de la recherche et de la sensibilisation

Chaque mission du Manta durera jusqu’à trois semaines. Elle sera suivie d’une semaine à terre pour décharger les déchets collectés qui n’ont pas été transformés en énergie, les confier aux circuits de recyclage locaux pour ravitailler le bateau et mener des campagnes de sensibilisation et de promotion de la transition vers une économie circulaire.

Sur l’eau, le Manta accueillera des équipes scientifiques pour des missions au long cours. Six à dix chercheurs internationaux seront notamment accueillis en permanence. Ils auront à leur disposition des salles de travail, deux laboratoires (un « sec » et un « humide ») et tous les équipements océanographiques nécessaires pour mener à bien des missions de géolocalisation, de quantification et de caractérisation des déchets. L’ensemble des résultats de ces missions sera publié et les données seront mises à disposition en open data afin d’améliorer la lutte contre la pollution plastique océanique et de faire avancer la recherche scientifique. « Une soixantaine d’ingénieurs, une vingtaine de partenaires et cinq laboratoires de recherche, parmi lesquels deux grandes universités françaises (l’école navale de Brest et Centrale Nantes), travaillent sur le Manta. Cette plateforme, c’est un bateau de travail qui permet de concilier scientifiques et travailleurs. Les données que l’on peut collecter sont très précieuses pour la recherche en écologie. Plus on aura de bateaux comme celui-ci, plus on aura de data », explique Yvan Bourgnon.

Enfin, durant les escales, plusieurs centaines de personnes seront accueillies à bord du navire pour des conférences éducatives et des activités pédagogiques sur la pollution plastique. Deux cents mètres carrés, dont une salle de conférences pouvant accueillir quatre-vingts personnes, seront dédiés à cette mission. « Le bateau est un porte-drapeau, un ambassadeur qui va mobiliser les populations, les politiques et les autorités locales », assure le navigateur.

Destination 2024

Pourtant, Yvan Bourgnon le reconnaît, un seul bateau ne sera évidemment pas suffisant pour nettoyer l’ensemble des mers et océans du globe. « On pense pouvoir éradiquer un tiers de la pollution mondiale avec 300 à 400 bateaux. Quand on sait qu’il y a 17 000 camions-poubelles en France, c’est dérisoire ! » observe le navigateur. Financé par une cinquantaine de mécènes français et européens, le projet Manta est « très ambitieux et à vocation internationale ». « La pollution coûte 13 milliards d’euros par an à l’économie mondiale. Quatre cents Manta coûtent 12 milliards d’euros pour une trentaine d’années. Le calcul est vite fait. »

À ce bateau-usine s’ajoutent deux bateaux polyvalents de dépollution, appelés Mobula et embarqués à l’arrière du Manta, dans des radiers. « Ce sont de petits bateaux qui peuvent se déployer dans les ports, dans les fleuves, dans les rivières. C’est une solution plus accessible pour les collectivités locales car les Mobula collectent les macro-déchets, les micro-déchets et les hydrocarbures dans des zones plus étroites, peu profondes et moins accessibles, où la manœuvrabilité est limitée. Si l’on stoppe les déchets dès les embouchures des fleuves, on empêche la prolifération de ceux-ci à la surface et au fond de l’eau. Quand on sait que la pollution va tripler d’ici à 2060, il est vraiment temps de s’activer », conclut Yvan Bourgnon. Ce bateau devrait être opérationnel en 2024 pour une première mission en Méditerranée, avant de partir à la conquête de l’Asie du Sud-Est, dans les hauts lieux de concentration du plastique.

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