Le sentiment d’urgence climatique progresse dans le monde – La Croix

50 pays, 17 langues, 1,2 million de personnes interrogées : d’après le programme des Nations Unies pour le développement (Pnud), qui en est à l’origine, il s’agit du vaste sondage jamais organisé sur les enjeux climatiques. Et les résultats sont nets : selon cette enquête, réalisée entre octobre et décembre 2020, 64 % des personnes sondées à travers le monde estiment que le changement climatique est une « urgence ».

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Il s’agit bien sûr d’une moyenne entre des pays aussi différents que l’Allemagne et les Fidji, les États-Unis et le Mozambique. Mais les résultats par État montrent que, même parmi les moins concernés, au moins la moitié des personnes interrogées reconnaissent cette urgence climatique. La fourchette va de la Moldavie (50 %) et du Sri Lanka (55 %) à l’Italie et au Royaume-Uni (81 % pour les deux pays). En France, 77 % des sondés y voient ainsi un enjeu majeur.

Préservation des terres et énergies renouvelables

« Nous avons lancé ce sondage pour que les populations aient voix au chapitre à un moment décisif : la crise climatique est là et les gouvernements sont appelés à prendre des mesures drastiques pour y faire face », explique Cassie Flynn, conseillère pour le climat au Pnud. Pour obtenir ces résultats, l’organisme onusien a travaillé avec une plateforme de jeux en ligne (Playmob), jeux par lesquels les sondés ont été sollicités, afin d’atteindre une cible large et diverse. Puis ils ont été analysés avec le concours de l’université d’Oxford, en Angleterre. Dans les questionnaires, deux aspects ont été privilégiés : le niveau de prise de conscience des enjeux du climat et le choix des politiques publiques à mettre en œuvre.

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Sur les 18 types d’actions proposés par le sondage, quatre émergent fortement : la préservation des forêts et des terres (54 % de soutien en moyenne) ; l’utilisation des énergies renouvelables (53 %), l’agroécologie (52 %), et l’investissement dans l’économie verte (50 %). L’étude montre en outre que les sondés n’optant pour aucune des 18 politiques proposées ont été très peu nombreux, quel que soit le pays (1 % à 2 % en moyenne). La part la plus importante se trouve au Pakistan (5 %) et aux États-Unis (4 %), mais reste une toute petite minorité des sondés.

Des populations prêtes à la transition écologique

« C’est très important, car cela montre aux gouvernants que non seulement leurs populations sont prêtes au changement, mais qu’elles le réclament ! », poursuit Cassie Flynn, en rappelant que les pays signataires de l’accord de Paris doivent se retrouver fin 2021 à la COP 26 avec des engagements plus ambitieux pour le climat. Cette dernière révèle quelques enseignements clés du sondage. Tout d’abord, que dans les pays du G20 – les plus émetteurs de gaz à effet de serre –, la majorité des sondés se montrent favorables à des investissements plus massifs dans la transition écologique. C’est particulièrement vrai des Britanniques (73 %), de l’Allemagne et du Canada (68 %), mais ça l’est aussi au Japon (59 %) ou en France (56 %). « Il y a notamment un fort soutien aux transports propres », note Cassie Flynn.

Autre enseignement : les contextes géographique et culturel comptent dans les priorités affichées. La protection de l’océan arrive ainsi en bonne place parmi les pays insulaires menacés par la montée des eaux, alors qu’elle n’est pas une priorité pour des pays peu développés qui ont peu ou pas de littoral. Sans surprise, il apparaît aussi que sont privilégiées les politiques impliquant le moins de renoncement : on préfère miser sur les énergies renouvelables et les transports électriques, plutôt que faire des économies d’énergie ou limiter sa consommation de viande, l’item le moins choisi. Les politiques « punitives » – principe du pollueur-payeur – n’emportent pas non plus la majorité des suffrages, tant s’en faut.

La parole aux adolescents

Certains résultats, enfin, peuvent sembler paradoxaux : au Brésil, qui a porté au pouvoir Jair Bolsonaro, les sondés placent en priorité la protection des forêts et des terres… alors même que leur président s’avère le champion de déforestation de l’Amazonie. « Je crois que cela révèle que les populations sont en train de vivre la crise climatique et ses conséquences », décrypte Cassie Flynn, qui y voit une autre explication.

« Notre sondage donne la parole à des publics très rarement atteints dans les sondages traditionnels, car nous sommes passés par des jeux en ligne. Nous touchons donc des adolescents, qui n’ont pas encore le droit de vote mais sont concernés au premier chef ». Comme dans la plupart des sondages, les jeunes apparaissent dans chacun des 50 pays, au premier rang des personnes jugeant ces enjeux « urgents ».

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