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Les engagements climatiques de l’Union européenne : de 20/20 à 100/50 – La Tribune

Le cinquième anniversaire du traité de Paris sur le climat, le 10 décembre dernier, a été l’occasion pour les pays signataires de réitérer leurs engagements de réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES). La veille, l’Union européenne (UE) annonçait un engagement de réduction des émissions de 55% à l’horizon 2030 par rapport aux niveaux de 1990 pour fixer une référence intermédiaire sur la trajectoire d’un objectif lointain de neutralité carbone en 2050. Ces chiffres sont la réponse de nos gouvernants à une opinion publique de plus en plus inquiète de l’avenir de la planète. Encore faut-il se donner des moyens proportionnés aux promesses. Quelles leçons tirer de l’expérience passée pour jauger la faisabilité des engagements sur l’avenir ?

Bilan 2020 : 2 sur 3

En 2008, le paquet climat-énergie de l’UE se résumait en une formule accrocheuse : 20 20 20 en 2020. L’engagement des pays membres était triple :

– réduire de 20% les émissions de GES par rapport à celles de 1990,

– porter à 20% la part des énergies renouvelable dans le mix énergétique,

– améliorer l’efficacité énergétique de 20%.

En cette année de bilan, on peut dire que deux objectifs sur trois ont été atteints et même dépassés. En effet, en 2019, l’UE a réduit ses émissions de GES de 25% par rapport à 1990 et la part des énergies renouvelables dans la consommation d’énergie était de 19,7%. Cette part est estimée à 23% pour 2020. Ces bons résultats sont liés à une multitude de facteurs économiques, certains non désirés (recul de l’industrie), d’autres soutenus par les pouvoir publics (subventions généreuses aux énergies solaires et éoliennes et pérennisation du marché du carbone EU-ETS). En revanche, les performances d’efficacité énergétique ne sont pas à la hauteur. L’UE n’a réduit sa consommation d’énergie que de 9,8% en 2018 par rapport à 2005 pour l’énergie primaire et de 5,9% pour l’énergie finale. Les politiques de rénovation thermique des bâtiments n’ont pas produit les effets escomptés.

La route vers 0 en 2050

En 2020, l’UE s’est engagée à une réduction supplémentaire des émissions de GES de 30% à l’horizon 2030 par rapport aux émissions actuelles puis à zéro émission nette en 2050. Comment atteindre la neutralité carbone en 2050 ? Il s’agit non seulement de réduire drastiquement nos émissions mais également d’absorber les émissions incompressibles par des puits de carbone. Dans sa communication, la Commission européenne présente le graphique ci-dessous qui fournit une clé de répartition des émissions et de leur absorption pour atteindre la cible.

La réduction des émissions liées à la production d’électricité (en gris) devra s’accélérer pour atteindre un mix électrique complètement décarboné en 2040. Les émissions dans le transport (en vert foncé) et l’industrie (en bleu clair) devront être considérablement réduites. L’absorption se fera par la biomasse (en vert foncé sous l’axe des abscisses) à un rythme constant. Elle sera complétée par des technologies de capture et de séquestration du carbone (en bleu foncé sous l’axe des abscisses) qui se déploieront à partir de 2035, alors qu’elles sont aujourd’hui très peu utilisées (en dehors de l’extraction pétrolière) car extrêmement coûteuses.

Parlez-vous l’UTCATF ?

L’acronyme UTCATF (Utilisation des terres, changement d’affectation des terres et foresterie, LULUCF en anglais) désigne les émissions nettes (ou l’absorption nette) de GES par l’usage de sols. Une grande partie du carbone est séquestrée naturellement dans les plantes et les sols. Certains milieux naturels comme les forêts et les tourbières sont des puits de carbone car ils absorbent plus de GES qu’ils en rejettent. La dynamique de l’usage des sols en agriculture accentue ou au contraire détruit cette capacité d’absorption. Des puits de carbone sont créés par la conversion de surface de culture en pâturages ou de pâturages en forêts. A l’inverse, la déforestation libère le carbone séquestré en plus d’épuiser le puits. Le scénario de neutralité carbone impose une dynamique d’usage des terres qui renforce l’absorption des GES, et donc des politiques publiques qui favorisent la reforestation, la préservation des zones humides et des pratiques agricoles qui vont dans le bon sens.

Un rapport récent souligne l’insuffisance des mesures du paquet vert et de la politique agricole commune pour atteindre l’objectif de neutralité carbone. Les auteurs rappellent que les émissions attribuées aux changements d’usage des terres agricoles sont de l’ordre de 30 millions de tonnes équivalent CO2 par an. Ils constatent que les puits de carbone se sont réduits depuis 2010 à l’échelle européenne. Ils en concluent que la neutralité carbone ne pourra se réaliser sans un changement drastique des politiques publiques en agriculture.

Des émissions loin des yeux

Une autre difficulté est la manière dont on calcule l’empreinte carbone. Le bilan ne sera pas le même selon qu’on comptabilise les émissions de GES produites sur le territoire de l’UE ou celles produites par la consommation de sa population. Dans le premier cas, on inclut les émissions liées à la production de biens exportés mais on exclut celles liées aux importations. La différence n’est pas anodine. Dans son rapport d’octobre 2020, le Haut Conseil pour le Climat souligne que, si les émissions de GES en France ont diminué depuis 2005, l’empreinte carbone de ses importations n’a cessé d’augmenter. De même, les émissions liées au transport international ont augmenté de 50% depuis 1990. Elles ont même doublé pour le transport aérien.

Atteindre la neutralité carbone en Europe sera d’autant plus facile si on ignore les émissions importées et celles liées au commerce international. Mais c’est un mauvais calcul puisqu’il consiste à rejeter la responsabilité des émissions de GES liées à notre consommation sur les pays hors UE alors que tous ces GES vont s’accumuler dans l’atmosphère terrestre, d’où qu’ils viennent. Il est de la responsabilité de l’UE d’inclure les émissions liées à la totalité des biens consommés par ses habitants quelle qu’en soit la provenance. L’engagement de neutralité carbone en 2050 impose donc de revoir la politique commerciale de l’Union afin de favoriser la décarbonisation de ses importations. Comme nous l’avons souligné dans un précédent billet, la multiplication des traités de libre échange orchestrée par la Commission avec des pays notoirement connus pour leur mauvais bilan carbone tel que le Brésil, le Canada et l’Australie, aura tendance à accroître l’empreinte carbone de nos importations, et donc de déplacer nos émissions hors du territoire des Etats membres de l’UE au lieu de les éradiquer. Il y aura même dans certains cas une hausse nette lorsque les modes de production favorisent la déforestation (au Brésil) et l’usage d’énergies fossiles (en Australie).

Les objectifs climatiques des Etats sont des promesses qui ont comme vertu principale de fixer des cibles aux politiques publiques. L’objectif 3×20 en 2020 de l’UE a justifié des subventions massives aux énergies renouvelables qui ont grandement contribué à la décarbonation de la production d’électricité. L’objectif « neutralité carbone en 2050 » est bien plus ambitieux. Au-delà des efforts supplémentaires à consentir dans l’industrie et les transports, il exige une réorientation des politiques agricole et commerciale de l’Union. L’avenir nous dira quelles mesures phares, et potentiellement douloureuses pour certains secteurs économiques, seront adoptées. Rendez-vous dans 30 ans pour un nouveau bilan.

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