L’investissement d’impact va bien au-delà des critères ESG – allnews.ch

Pour Katia Coudray, directrice d’Asteria Obviam, il n’y a pas besoin de sacrifier de la performance pour investir de manière durable.

Annoncé début décembre, le rapprochement entre Asteria et Obviam a donné naissance à un nouvel acteur important dans le domaine de la finance durable en Suisse. Asteria Investment Managers (Asteria), la nouvelle société spécialisée dans l’investissement à impact social de la banque Reyl & Cie SA, a conclu un partenariat stratégique avec le gérant d’actifs privé suisse Obviam AG, en vue de créer un acteur majeur dans la sphère de l’investissement à impact social, ont alors indiqué les deux sociétés. Comment le projet évolue-t-il? Le point avec Katia Coudray, directrice d’Asteria Obviam.

Début décembre, Asteria Investment Managers a annoncé la conclusion d’un partenariat stratégique avec le gérant d’actifs privé Obviam. Ou se situe le processus de rapprochement entre les deux sociétés et quelles en seront les prochaines étapes?

La phase de clôture, ou «closing», de ce partenariat a eu lieu début janvier et nous travaillons maintenant à l’intégration des deux entités. A ce sujet, il faut préciser que le but de ce rapprochement n’est pas de réduire les coûts ou de diminuer les effectifs. Bien au contraire, nous misons sur la complémentarité des deux sociétés dans le domaine de l’investissement à impact social.

La nouvelle société baptisée Asteria Obviam conserve les noms des deux sociétés fusionnées. Pourquoi ne pas avoir choisi une appellation complètement nouvelle?

On a choisi de garder ces deux noms pour plusieurs raisons. D’une part, il s’agit de deux noms latins qui vont bien ensemble et qui ont tous deux une signification qui est en lien avec nos activités. Asteria, qui signifie étoile de mer, comporte l’idée de régénération. Obviam a pour sens d’aller au-devant de l’autre. Ce sont deux marques qui ont une symbolique assez forte.

«Obviam, basée à Berne, est davantage spécialisé dans le private equity
et dans les prêts directs. Asteria IM met l’accent sur les actifs liquides cotés.»

D’autre part, le fait de conserver les noms des deux anciennes sociétés dans la nouvelle marque Asteria Obviam permet aussi de garder un lien avec les deux domaines de spécialisation de ces deux sociétés. Obviam, basée à Berne, est davantage spécialisé dans le private equity et dans les prêts directs. La société s’est déjà fait connaître auprès d’institutions publiques de financement du développement, notamment le SIFEM (Swiss Investment Fund for Emerging Markets) de la Confédération suisse, dont Obviam est le gestionnaire du fonds. Asteria IM met l’accent sur les actifs liquides cotés. Début janvier, nous avons lancé par exemple deux fonds UCITS appelés «Asteria Funds – Planet Impact Global Equities» et «Asteria Funds – Climate Bonds». Compte tenu des profils très complémentaires de nos deux sociétés, il nous a paru sensé de garder les noms d’Asteria et Obviam au sein de la nouvelle entité.

Quelle est la taille de la nouvelle entité en quelques chiffres-clés?

En tout, Asteria Obviam emploie environ 50 personnes. La moitié de cet effectif est constitué de professionnels de l’investissement, complétés par une dizaine de personnes actives dans le domaine du développement des affaires, tandis que les autres collaborateurs se répartissent dans différentes activités de support.

Les actifs sous gestion de la nouvelle entité dépassent le milliard de francs. Au début, la plus grande part des fonds proviennent d’Obviam, étant donné qu’Asteria IM n’avait débuté ses activités qu’en 2020.

Sur le plan géographique, Asteria Obviam est une société basée à Genève avec une succursale à Berne. Les employés issus des deux sociétés pourront rester à leur lieu de travail habituel. Il ne sera de toute façon pas difficile de coordonner nos activités entre ces deux sites.

Avez-vous aussi envisagé d’établir une présence à Zurich?

Pas pour l’instant. Mais cela pourrait être le cas ultérieurement.

Asteria Obviam veut devenir un acteur majeur dans le domaine de l’investissement à impact social. Comment cette spécialisation est-elle comprise par les investisseurs – font-ils la différence par rapport aux placements qui incluent les critères ESG en général?

Dans la finance durable, nous avons parfois l’habitude d’utiliser un jargon qui n’est pas toujours facile à comprendre par tous. C’est aussi une part importante de notre travail que d’expliquer les différentes approches et concepts qui existent en lien avec l’investissement durable. Dans les grandes lignes, on peut dire que les critères ESG servent à évaluer une entreprise sur la base de critères environnementaux, sociaux et de gouvernance. Pour autant, quand une entreprise satisfait aux critères ESG, cela ne signifie pas encore qu’elle a nécessairement un impact positif sur l’environnement ou la société. Parfois, certaines entreprises ont juste un impact neutre sur l’environnement ou la société.

«Les entreprises jugées conformes d’un point de vue ESG
n’ont pas forcément un impact environnemental ou social positif.»

De notre côté, en tant que spécialiste de l’investissement d’impact, nous voulons investir seulement dans des sociétés dont nous pouvons mesurer l’impact positif sur le plan environnemental ou social. Si l’on prend l’exemple des entreprises cotées en bourse, cette exigence se traduit par une très forte réduction de l’univers d’investissement initial: partant des quelques 3’000 sociétés comprises dans l’indice MSCI World et dans des indices régionaux, nous arrivons à un nombre de seulement 250 entreprises qui satisfont à nos exigences en matière d’investissement d’impact.

En termes de taille, est-il possible de fournir un ordre de grandeur de ce qui relève des placements ESG au sens large et de ce qui correspond à l’investissement d’impact?

Une organisation appelée Global Impact Investment Network (GIIN) avait estimé que l’investissement d’impact correspondait à moins de 1% de la totalité des actifs sous gestion dans le monde. En comparaison, on estime qu’entre 40 et 50% des actifs sous gestion tiennent désormais compte des critères ESG sous une forme ou une autre. Mais, encore une fois, les entreprises jugées conformes d’un point de vue ESG n’ont pas forcément un impact environnemental ou social positif. Certains fonds ou indices ESG se limitent, par exemple, à exclure les entreprises actives dans quelques secteurs bien déterminés, comme l’armement ou l’extraction de charbon. De notre côté, en tant que spécialiste de l’investissement d’impact, nous n’investissons que dans des sociétés qui ont un impact positif d’un point de vue environnemental ou social. Ces critères sont dérivés des 17 objectifs de développement durable tels qu’ils ont été définis par les Nations Unies.

Pouvez-vous citer quelques exemples de ces objectifs?

Pratiquement, nos fonds sont investis en fonction d’objectifs environnementaux tels que la décarbonisation de l’économie, les techniques de dépollution, l’accès aux énergies renouvelables ainsi que l’accès à l’eau et les techniques de traitement de l’eau. Pour l’aspect social, nous tenons compte de divers critères qui vont de l’inclusion financière à l’accès aux soins ou à l’autonomisation économique des femmes.

Il y a dix ans, l’investissement d’impact était avant tout une activité de niche. Depuis, elle s’est fortement développée, parallèlement à l’essor général des placements ESG. Avez toujours suffisamment de possibilités d’investir l’argent qui vous est confié dans un délai raisonnable?

Nous avons toujours largement assez de possibilités d’investir l’argent qui nous est confié. Nous estimons la capacité de nos stratégies Planet Equities, compte-tenu des volumes actuels, à plusieurs milliards. Concernant les obligations vertes, ce marché croît de façon très rapide en partie grâce au programme de soutien européen. Du côté des activités issues d’Obviam, il serait aussi possible d’investir des montants trois à quatre fois supérieurs. Dans l’investissement d’impact, nous n’avons ainsi pas vraiment de problèmes de «sourcing». La situation est différente de celle qui existe dans la microfinance, un marché estimé aux environs de 170 milliards de dollars, où l’argent sert à financer un très grand nombre de petits projets.

«Nous avons investi par exemple dans le fabricant danois d’éoliennes Vestas,
dans Waste Management, ou encore dans Water Corp.»

Le projet de définition commune, ou «taxonomie», des activités durables continue de progresser dans l’UE. Cette réglementation affectera-t-elle aussi votre secteur d’activité?

Oui. Nous nous sommes même appuyés sur la taxonomie élaborée par l’UE. La taxonomie de l’UE est une mesure de la performance environnementale des différentes activités économiques qui va au-delà de l’architecture ESG classique. C’est pourquoi, on attend même avec impatience que ce projet de taxonomie aboutisse. Cela facilitera notre activité de sélection des placements durables. Certes, il faudra peut-être que nous nous adaptions à cette réglementation sur certains points mais je pense que la taxonomie de l’UE apportera davantage de la clarté pour tous les acteurs du secteur.

En termes de thématiques d’investissement, quels sont les exemples de sociétés dans lesquelles vous avez déjà investi?

Dans le domaine des énergies renouvelables, nous avons investi par exemple dans le fabricant danois d’éoliennes Vestas, dans Waste Management, une entreprise américaine spécialisée dans le traitement et le recyclage des déchets, ou encore dans Water Corp, une société australienne active dans le traitement des eaux. Nous investissons aussi dans différentes sociétés qui fournissent des équipements pour le secteur des énergies renouvelables.

Dans le domaine de la mobilité, nous comptons des sociétés actives dans le transport ferroviaire, même si nous en avons aussi exclu certaines d’entre elles parce qu’elles assuraient aussi le transport de charbon. En ce qui concerne Tesla, nous n’avons pas investi dans le constructeur de véhicules électriques – cela non pas pour des raisons liées à l’environnement mais parce que cette entreprise ne satisfait pas à nos attentes en termes de gouvernance. Outre les critères d’investissement d’impact, les entreprises dans lesquelles nous investissons doivent en effet aussi respecter certaines normes ESG. C’est une grille d’analyse supplémentaire que nous appliquons.

«Beaucoup d’entreprises qui ont de bons scores d’impact sont actives
dans des secteurs d’avenir, ce qui peut aussi expliquer leur bonne performance.»

Pour analyser l’ensemble de ces aspects, recourez-vous aussi à des sociétés d’analyse externes, à l’exemple de Sustainalytics?

Nous n’utilisons pas d’agences tierces comme Sustainalytics. En revanche, nous achetons des données brutes auprès de 80 et 90 sources de données différentes et que nous analysons ensuite nous-mêmes. Nous utilisons une multitude de sources et les données représentent une partie importante de notre budget. Elles sont instrumentales à notre recherche d’impact ainsi qu’à l’élaboration de notre recherche ESG. Nous utilisons des données brutes et non des notations établies par des tiers, dans un but de transparence et de consistance de notre démarche.

En matière de placements durables, il y a eu longtemps la crainte que le fait de tenir compte des critères de durabilité puisse réduire la performance. Au printemps 2020, on a plutôt observé que les sociétés qui avaient de bonnes notes d’un point de vue ESG ont moins souffert en bourse que le marché dans son ensemble. Cette observation est-elle aussi valable pour l’investissement d’impact?

Il est toujours difficile d’établir une relation de causalité entre notation ESG et performance boursière. Il y a des sociétés bien notées d’un point de vue ESG qui surperforment et d’autres qui sous-performent. Néanmoins, on a pu observer, d’une part, qu’une société présentant une bonne qualité d’un point de vue ESG contribuait à minimiser les risques encourus. D’autre part, beaucoup d’entreprises qui ont de bons scores d’impact sont actives dans des secteurs d’avenir, ce qui peut aussi expliquer leur bonne performance. Pour nous, le point positif des différentes études publiées sur le sujet au cours des dernières années est qu’elles démontrent qu’il n’y a pas besoin de sacrifier de la performance pour investir de manière durable. Il n’y a pas de prix à payer en termes de performance pour faire de l’impact!

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