Pétrole : comment investir en Bourse à l’aube d’un nouveau monde ? – Le Revenu

La crise sanitaire et le changement climatique forcent l’industrie pétrolière à se réinventer. En Bourse, la prudence est de mise. Total, très engagé sur la voie de la transition énergétique, garde nos faveurs.

La fin du roi pétrole. Matière première la plus convoitée au monde pendant plus d’un siècle, l’or noir glisse lentement mais sûrement dans les oubliettes de l’Histoire. Et la puissante industrie pétrolière tombe avec elle.

Symbole de cette déchéance, Exxonmobil, première capitalisation boursière du monde il y a encore quelques années, ne pointe plus qu’à la 38e place de l’indice américain S&P 500. Le pétrolier pèse moins de 10% du numéro un actuel, Apple.

À la Bourse de Paris, Total n’est plus sur le podium du CAC 40 et ne vaut même plus un demi LVMH. La chute de ces géants a débuté en 2014 avec la révolution du pétrole de schiste américain. Elle s’est poursuivie en 2020. En quelques mois, le cours du baril a été divisé par trois, emporté par la crise sanitaire.

Mais l’arrêt de mort du pétrole a probablement été signé avant. Le 12 décembre 2015, la plupart des pays du monde signaient à Paris un accord historique pour lutter contre le changement climatique. Car la véritable menace pour cet hydrocarbure fortement émetteur de CO2 est là. Et, après quelques années d’atermoiement, la transition énergétique semble, cette fois, bien en marche.

Ne dites plus «pétroliers»

Depuis un an, l’engouement des investisseurs pour les «valeurs vertes» illustre un véritable changement de cap sur le sujet. Les pétroliers eux-mêmes préfèrent désormais parler de leurs projets dans les énergies renouvelables plutôt que de leurs découvertes d’or noir. Certains aimeraient même qu’on ne les qualifie plus de «pétroliers» mais de «producteurs d’énergies».

Dans ce nouveau paradigme, la question n’est plus de savoir quand le monde aura épuisé ses réserves de pétrole, mais quelle proportion de ces réserves devra rester dans le sol pour éviter une catastrophe climatique.

À terme, l’industrie est condamnée. À moins qu’elle ne fasse, elle aussi, sa révolution. Et elle aura, peut-être, le temps de la faire. Le pétrole reste au cœur du moteur économique de la planète. Il ne disparaîtra pas du jour au lendemain.

Sous-investissement chronique depuis 2014

Selon le scénario le plus optimiste (pour la planète) de l’Agence internationale de l’énergie, le monde produira encore 66,2 millions de barils par jour en 2040, contre environ 100 millions actuellement. Dans son scénario central, l’Agence ne prévoit pas de baisse de production avant le milieu des années 2030 .

Quoiqu’il arrive, il faudra donc continuer à pomper de l’or noir pendant plusieurs décennies. Compte tenu de la baisse naturelle de productivité des champs, la fameuse déplétion, qui est de l’ordre de 5% par an, d’importants investissements seront même nécessaires pour faire face à la demande. L’industrie pétrolière n’est pas encore morte.

À moyen terme, une envolée au moins temporaire du prix de l’or noir est même envisageable compte tenu du sous-investissement chronique du secteur depuis 2014. Elle est toutefois assez peu probable à ce stade.

L’épidémie de Covid-19 continue de plomber la consommation de carburant. Selon UBS, la demande mondiale de pétrole ne retrouvera pas son niveau de 2019 avant… 2023, principalement en raison d’un lent retour à la normale du marché de l’aviation.

Le schiste assommé

L’équilibre actuel n’est assuré que par les baisses de production volontaires des pays de l’Opep, Arabie saoudite en tête, et de la Russie. L’Organisation et ses alliés pompent actuellement 7 millions de barils par jour de moins que ce qu’ils pourraient.

Assommés par la crise sanitaire, les producteurs de schiste américains ont aussi prouvé leur capacité à être réactif en cas de rebond des prix. Les 2 millions de barils par jour perdus depuis le début de la crise reviendraient probablement vite sur le marché en cas de hausse durable du prix du Brent au-dessus de 60 dollars.

Exposition minimale

Dans ce contexte complexe qui voit l’industrie pétrolière faire face à des contraintes de court terme et des perspectives de long terme peu encourageantes, nous recommandons une exposition minimale en Bourse. Une hausse des prix est peu probable en 2021, nous déconseillons de parier dessus.

À 56 dollars, le Brent a déjà atteint, voire dépassé, la plupart des prévisions des analystes pour la fin de l’année. Les prix sont en outre soutenus par quelques pays, ce qui les rend particulièrement vulnérables.

La moindre inflexion de la politique saoudienne lors de la prochaine réunion de l’Opep en février pourrait faire plonger le cours du baril.

Cet environnement incertain n’incite pas les pétroliers à reprendre leurs investissements après les coupes drastiques décidées en 2020, ce qui ne fait pas les affaires de leurs fournisseurs de services et d’équipements.

Seules les entreprises capables de résister à une crise prolongée et qui affichent une stratégie claire pour faire face à la transition énergétique méritent une place en portefeuille.


Pétroliers : les européens à la croisée des chemins

Le français Total pourrait tirer son épingle du jeu dans cet environnement compliqué.

L’univers des majors pétroliers se divise en deux catégories : les groupes européens qui veulent s’adapter à la transition énergétique et les américains, plus conservateurs. Au Revenu, nous avons une nette préférence pour la première catégorie. Pour l’actionnaire individuel, les géants de l’or noir constituent un investissement de long terme, gage de rendement dans la durée grâce à un dividende généreux et solide. Refuser le virage vers les énergies renouvelables fragiliserait cette perspective.

À un horizon plus ou moins lointain, la viabilité même de l’entreprise pourrait être en cause. Et, même à plus court terme, l’absence d’engagements en faveur du climat risque de pénaliser les performances boursières.

Le développement, particulièrement criant depuis l’an dernier, de la finance responsable pourrait en effet assécher les flux acheteurs en direction des entreprises les moins impliquées dans la transition énergétique.

Total change de statut

Dans ce contexte, nous confirmons notre préférence pour Total. Le français est plus avancé que les européens Shell et BP sur la voie des énergies renouvelables et, contrairement à eux, il a réussi à maintenir son dividende à un niveau élevé.

En Bourse, son action a d’ailleurs bien mieux résisté. Sur un an elle a reculé de 23% contre une chute de 34% pour Shell et de 39% pour BP. Le titre Total bénéficie désormais d’une prime de valorisation de plus de 10% sur ses concurrents anglo-néerlandais. Cela pourrait limiter son potentiel de progression, mais nous y voyons surtout un changement de statut pour le groupe dirigé par Patrick Pouyanné et une validation de la pertinence de sa stratégie.

En revanche, nous sommes plus prudents sur l’autre pétrolier coté à Paris, la junior Maurel & Prom, trop dépendante des variations du prix de l’or noir.

Achetez Total [FP]. Objectif : 44 euros.
Vendez Maurel & Prom [MAU]. Objectif : 1,90 euros.


Quel est le plus gros producteur français d’énergie ?

Le joule, vous connaissez ? Il s’agit de l’unité permettant de mesurer toutes les formes d’énergies. N’étant pas associée à un type de production particulier – comme le watt-heure l’est à l’électricité – elle est assez peu connue du commun des mortels… pour le moment en tout cas. Avec l’avènement des renouvelables et la multiplication des sources d’énergie, le joule pourrait en effet gagner en notoriété. Il a un intérêt majeur.

Étant «neutre», il pourrait être de plus en plus utilisé par les grands producteurs d’énergie, au premier rang desquels les pétroliers.

En effet, une fois tout transformé en joule (voir la formule d’équivalence énergétique ci-contre), il apparaît que les plus gros producteurs d’énergies sont… les géants de l’or noir.

Selon Morgan Stanley, le leader en Europe est BP avec une production de 8,3 exajoules (ou 8,3 milliards de gigajoules) en 2019.

EDF l’emporte en France

Total est le plus gros producteur français d’énergie avec 6,6 exajoules, selon les calculs de la banque américaine. Le futur ex-pétrolier distance largement Engie et ses 0,9 exajoule. Selon nos propres calculs, EDF – qui n’est pas inclus dans l’étude de Morgan Stanley – s’intercale entre les deux avec une production de 2,2 exajoules.

Si le géant du nucléaire arrive loin derrière Total au niveau mondial, il est toutefois le premier fournisseur d’énergie en France. EDF a produit 430 terawatt-heure d’énergie dans notre pays en 2019, soit 1,55 exajoule.

La même année, Total a vendu 187 millions de barils en France, soit 1,14 exajoule, mais aussi 26 terawatt-heure d’électricité et 2,4 milliards de m3 de gaz, soit un peu moins de 0,2 exajoule, pour un total de 1,34 exajoule. Assez loin derrière EDF, donc.

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