Pour une électricité verte et bon marché, il va falloir repasser – libération


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Mauvaise nouvelle pour les écologistes marocains et ceux africains en général : la production d’électricité du continent ne deviendra probablement pas verte au cours de cette décennie. Et pour cause, les combustibles fossiles continueront à représenter les deux tiers de cette production contre une part très infime pour les énergies renouvelables non hydroélectriques qui restera probablement inférieure à 10% jusqu’à 2030. C’est ce qui ressort d’une récente étude publiée dans la revue ««Nature Energy» par des chercheurs des universités d’Oxford et de RWTH Aachen.

Basée sur un échantillon de plus de 300 projets énergétiques en cours ou prévus dans la cinquantaine de pays du continent sur les dix prochaines années, l’étude en question a révélé que les énergies renouvelables autres que l’hydroélectricité constitueront 17,4% des capacités installées pour seulement 9,6% de l’énergie produite. Le solaire connaîtra une progression significative avec 49 GW de centrales prévues, dont près de 40% en Afrique du Sud. Ladite étude a néanmoins indiqué que les projets afférents aux énergies renouvelables ont «moins de chance de réussite» que ceux des centrales à gaz durant les prochaines années. En effet, les chercheurs de l’Université d’Oxford estiment, dans leur scénario tendanciel, que «moins de 10% de la production pourrait venir de l’éolien et du solaire» à la fin de la décennie malgré le fait qu’ils prévoient que la part des énergies fossiles dans le mix énergétique continental baissera, de manière globale, en passant de 80% actuellement à 60% d’ici à 2030.

Le Maroc ne fait pas exception malgré ses engagements en matière de lutte contre le changement climatique et notamment les émissions des gaz à effet de serre (GES). En effet, son électricité exportée est produite essentiellement par le charbon qui demeure la principale source de combustible pour la production d’électricité au Maroc avec 54% de la production nationale totale en 2017, précise l’«Energy Policies beyond IEA Countries : Morocco 2019». Le même document a indiqué que l’utilisation du charbon a augmenté rapidement depuis le milieu des années 90 pour atteindre les 41% entre 2007 et 2017. Quant à l’électricité au gaz naturel, elle a été introduite en 2004, lorsque le Maroc a commencé à importer du gaz algérien afin d’alimenter ses centrales électriques. Depuis lors, l’énergie produite via le gaz naturel a considérablement augmenté et plus que doublé au cours de la dernière décennie pour atteindre 19% de la production totale en 2017. Concernant le rôle joué par le pétrole dans la production globale d’électricité, le rapport a indiqué que ce rôle a diminué au cours de la dernière décennie, notamment avec la production via le gaz naturel. Cependant, précise le rapport, 9% de l’électricité produite provient toujours du pétrole, principalement dans les zones rurales isolées. Par rapport aux autres membres de l’AIE, ces 9% placent le Maroc au troisième rang derrière le Mexique et la Grèce comme pays qui utilisent le plus le pétrole dans la production d’électricité

En somme, les combustibles fossiles (charbon, gaz, pétrole) ont représenté 82% de la production totale d’électricité en 2017 contre 18% pour les énergies renouvelables. La part totale des combustibles fossiles du Maroc dans la production d’électricité classe le Royaume au quatrième rang par rapport à d’autres membres de l’AIE, derrière l’Estonie, la Pologne et l’Australie. La domination des combustibles fossiles représente-t-elle un risque pour l’Afrique ? «Oui», répond l’étude puisqu’avec la mise en service de nombreuses centrales à combustibles fossiles, l’Afrique pourrait être «bloquée» dans une trajectoire «haut carbone» pour des décennies. Ce scénario n’est toutefois pas inéluctable : un «choc de décarbonation» rapide – sous l’impulsion des gouvernements africains avec une redirection des financements internationaux – pourrait conduire «à l’annulation à grande échelle des centrales à combustibles fossiles actuellement en cours de construction», souligne l’étude.

Un scénario qui n’est pas inenvisageable dans un avenir proche puisque les pays développés hésitent encore à honorer leur promesse de fournir 100 milliards de dollars américains par an aux pays en développement afin que ceux-ci soient en mesure de soutenir à la fois l’atténuation et l’adaptation aux effets du changement climatique. «D’énormes sommes d’argent ont été débloquées en faveur de la reprise économique et des mesures de relance face à la pandémie de Covid 19. Mais les investissements durables ne sont toujours pas prioritaires», a indiqué dernièrement António Guterres, secrétaire général de l’ONU lors d’une table ronde sur la COP26. En effet, la situation est devenue des plus compliquées avec la pandémie, qui a fortement réduit les ressources budgétaires prévues pour faire face aux crises internationales en un temps où une transition accélérée vers des réseaux électriques verts, bon marché et résilients, a été définie comme une priorité absolue pour la COP26, placée sous la présidence du Royaume-Uni, qui a créé le Conseil de la transition énergétique, pour mener à bien le processus de transformation.

Hassan Bentaleb

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