Pourquoi les Français doivent limiter leur consommation d’électricité – Le Point

Nous y sommes donc : les températures sont en deçà des normales de saison et, comme l’avait prédit le 19 novembre RTE, gestionnaire du réseau de transport, la production nationale d’électricité est à la limite. Ce vendredi matin, à 10 heures, il a fallu importer un peu plus de 2 000 MW. « En cas de vague de froid, principalement en janvier et, surtout, en février, des difficultés pourraient survenir », écrivait, en novembre, RTE.

La filiale d’EDF prévoyait alors plusieurs parades : un outil, EcoWatt, pour aider les Français à consommer moins d’électrons lors de ces périodes tendues, et un panel de mesures plus drastiques, comme l’arrêt de la consommation de gros industriels, la baisse de la tension sur le réseau (qui peut affecter le fonctionnement de certains appareils) ou encore l’organisation de coupures « temporaires, anticipées, localisées et tournantes »… On n’en est pas encore là, mais RTE, ce vendredi matin, a commencé à préparer les esprits. La filiale d’EDF demande aux Français de réduire leur consommation, prenant un exemple éloquent : si chacun allume une ampoule en moins que d’habitude, c’est la consommation quotidienne d’une ville comme Toulouse qui est économisée.

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Chez EDF, on affirme que les installations tournent à plein régime. Le nucléaire assure, comme d’habitude, la majorité de la production. Ce vendredi, à 10 heures, les 48 réacteurs en état de marche fournissent un peu plus de 60 % de la production nationale d’électricité. L’hydraulique suit, avec 20 % de la production assurée par les barrages, qui fonctionnent au maximum de leurs capacités. C’est ensuite que les choses se gâtent un peu. Les énergies renouvelables sont à la peine. Malgré une matinée plutôt ensoleillée, le parc solaire français ne fournit que 2 % de l’électricité totale, et l’éolien, affecté par un vent inexistant, seulement 1 %… On voit ici la différence entre le potentiel des énergies renouvelables françaises (53 000 MW environ) et leur production effective un jour sans vent et de peu de soleil (moins de 3 000 MW), soit environ 17 fois moins.

La France vire au vert très pâle

La situation n’est guère différente de celle des années précédentes. Pourtant, la France aurait sans doute pu passer cette légère vague de froid sans s’inquiéter outre mesure. Mais un double événement a réduit les capacités nationales de production d’électrons. C’est d’abord le confinement, qui a limité la disponibilité des réacteurs nucléaires : les opérations de maintenance ont été décalées dans le temps, parce que les chantiers ont été réduits. C’est pourquoi, en novembre, RTE désignait février comme un mois particulièrement tendu : selon la filiale d’EDF, treize réacteurs seront stoppés à cause du report du programme habituel de maintenance. Treize réacteurs, contre « seulement » sept aujourd’hui…

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La deuxième raison qui réduit les capacités de la production nationale, c’est l’arrêt, en 2020, des deux réacteurs de la centrale de Fessenheim. D’un coup, cette décision très politique, prise par François Hollande, a ôté du réseau 1 800 MW de capacités, soit presque le volume d’électricité importé ce matin. Certes, il est prévu que, sur la période 2019-2023, les énergies renouvelables compensent la fermeture de Fessenheim. Mais on l’a vu ce matin, lorsque le vent est absent et le soleil discret, les éoliennes comme les panneaux solaires ne jouent pas ce rôle.

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Pis, ce matin, il a fallu faire tourner les centrales au fuel (1 % de l’électricité produite), à charbon (3 %) et à gaz (11 %). Ces modes de production ont l’avantage d’être « pilotables », c’est-à-dire qu’ils peuvent injecter à la demande des électrons sur le réseau, à la différence des énergies renouvelables. Ils sont aussi et surtout très polluants. Le gaz émet 490 grammes de CO2 par kilowatt/heure produit, le charbon 820, contre seulement 12 grammes pour le nucléaire. Ce vendredi 8 janvier, la mise en route de ces centrales était visible sur la carte éditée en permanence par le site ElectricityMap : alors que la France apparaît en général en vert foncé, signe d’une production d’électricité très respectueuse de l’air, le pays virait ce 8 janvier au vert très pâle… Les Verts apprécieront-ils ?

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